Eva Pelzer
Mon travail prend différentes formes. S’il est principalement en volume j’utilise aussi la vidéo et la photographie. Mes sculptures et installations font appel à des matériaux de seconde main et des savoirs artisanaux. J’ai commencé par détourner des objets avec un principe simple qui n’a cessé de m’animer : une chose pourrait en être une autre. Des casseroles pourraient être des cloches ou une machine à laver, une boule à facettes. Cette maxime redéfinit l’ordinaire, contre la fatalité du rationalisme en faisant du quotidien un événement festif et merveilleux.
J’ai une obsession pour les objets, qui sont vecteurs d’histoires, et parfois signes concrets d’une transmission. Je travaille à l’appropriation des savoirs populaires à travers la fabrication d’un registre folklorique personnel. En passant par le concept de réalité alternative et la production de récits fictionnels je réinvente des récits communs.
Depuis peu, je développe dans ma production des stratégies d’adaptation pour survivre en tant qu’artiste (Vendre son cul, 2021), et en tant que terrien (Inventaire, 2021). Cette exploration se traduit par d’autres démarches périphériques et projets collectifs en milieu rural. Ma pratique artistique et ma vie sont face aux mêmes questions, ainsi si ce n’est pas l’art dans la logique et la poursuite de la modernité, au moment où la modernité s’émiette sous nos yeux, que peut et doit devenir l’art ?
Enfin, l’humour est nécessaire à mon monde car il permet plusieurs strates de lecture, et de se défier de la bêtise par l’ironie.
Exrait du texte pour l’exposition A Forest, Commissariat de Lydie Jean-dit-Pannel et Lionel Thenadey, Musée des Beaux- Arts de Dole.
« Par le détournement d’objets récupérés ou familiers, Eva Pelzer procède à des décontextualisations et à des associations qui redéfinissent en profondeur le sens ordinaire qu’on leur prête. Une machine-à-laver-boule-à-facettes, un vernissage mondain dans une étable ou un « Frisbrie » opèrent en effet des déplacements de sens et d’usage qui introduisent une dose d’absurdité dans le quotidien. Au coeur de dramaturgies qui bien souvent parent le domestique de ses habits de fête, Eva Pelzer joue d’un effet de duplicité en contrastant la légèreté de surface de la forme par un propos plus incisif, énoncé en souterrain. Le recours à l’humour contribue ainsi à asseoir sa position d’idiote, au sens noble du terme, celui de critique de la rationalité tel qu’énoncé notamment par Jean-Yves Jouannais. Empruntant enfin ses formes à la culture populaire (roman-photo, carnaval, marché…) et à une matérialité pauvre (GIF, cotillons…), son esthétique explore les objets et les modes d’interactions de classes sociales modestes, souvent rurales.(...)
Florian Gaité
Expositions
