Expositions passés

Asleep on the Raft

Du 15 mai au 11 juillet 2021
Carton d'invitation
Les jeudis, vendredis, samedis et dimanches de 14:30 à 19:00 ou sur rendez-vous
Entrée libre
Exposition de Guillaume Constantin et Roxane Jean, Preformance des Lectures électriques

Éloge de la douceur

Pour l’exposition Asleep on the Raft, Esox Lucius convie deux artistes adeptes de matériaux détournés et de displays, coutumiers de typologies et combinaisons formelles audacieuses. Roxane Jean y déploie des territoires sensibles ayant trait au jardin et Guillaume Constantin explore des matériaux plus techniques choisis pour leurs qualités plastiques. La sophistication de ces deux points de vue s’additionne et joue avec humour du challenge que constitue l’espace de l’ancienne gare (re)créée par le designer Philippe Million. En assumant cet espace éminemment non neutre, les deux artistes font bugger la binarité d’une exposition à quatre mains dans deux espaces contigus.
Dessins, papiers peints sérigraphiés, sweat-shirts, matériaux trouvés, impressions 3D et céramiques se glissent parmi les nombreux interstices de la galerie. La stratification, l’agencement des travaux et des références évoquent le passage d’un état à l’autre, un curieux « entre deux eaux ». L’ancienne salle d’attente redevient un lieu de départ vers de multiples destinations. La gare se peuple d’objets et productions virtuels et matériels, fabriqués et trouvés, où le corps se trouve convoqué quasi continuellement: incarné littéralement par les fragments de mains et visages polychromes imprimés numériquement, suggéré par la présence de sweat-shirts drapés de motifs marins ou coquillages combinés par Guillaume Constantin.
Ceux-ci tantôt se téléscopent, tantôt dialoguent au plus près du corpus coloré et des empreintes gestuelles de Roxane Jean qui prend en charge le monde terrestre: aplats chlorophyllés, motifs floraux, jungles de traits. En bordure de champs, quelques carottes sauvages, infra-ordinaire botanique, nuages de pétales sur lesquelles se pose une toute petite fleur colorée, trompe l’œil d’un insecte imaginaire venant les butiner...
Corps et corpus jouent ici à cache-cache. Matérialisations, typologies et détournements via fichiers open source* se superposent à un répertoire végétal proliférant et rythmé, tracé sur les supports plans. Roxane Jean propose une herborisation sentimentale ou ironique : ses plantes pratiquent des stratégies de séduction, prennent plus ou moins de place, s’affirment ou restent en retrait. Et les mains en impression 3D de Guillaume Constantin de cueillir ou recueillir, de se tendre vers le vide et de ponctuer l’espace comme des virgules anatomiques.
L’impression générale dégage en deuxième lecture une (inquiétante) étrangeté qui trouve écho dans le titre de l’exposition.
En-tête de chapitre d’un roman de Mark Twain*, cette phrase énigmatique évoque une personne assoupie sur un radeau, dérivant dans la brume. Mais qui dort ? Quel est ce radeau sans pilote conscient - ou bien est-ce un rêve éveillé ? Ce vaisseau qui nous transporte, n’est-ce pas notre corps même? ...Morbide ?
Seulement de cette morbidité à l’italienne qui signifie harmonieuse et délicate, que l’on emploie pour parler d’un biscuit, l’Amaretti morbidi ... Morbide? Non pas, quand on se réfère à la racine latine de ce mot pour qualifier ce qui est moelleux. Tendre. Doux.

Julie Morel, Commissaire de l’exposition

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