Du Havre jusqu’à Oslo, règne une certaine uniformité sur le paysage marin, une lumière de même nature, changeante, la présence marquée du Mur de l’Atlantique. Je me suis arrêtée sur des lieux, des architectures. Une sorte d’emportement surgit en regardant ces figures, de l’ordre d’une stabilité du monde, qui superpose le passé au destin de notre société européenne. Mes images se situent à la frontière de la photographie plasticienne et de la photographie documentaire. Elles laissent évanescente la question historique au profit d’une esthétique "très paysagère où l’homme représenté est absent, où l’architecture trouverait sa place comme relais entre l'homme et ce paysage".
La mémoire se double parfois d’une modernité apparente qui nous interpelle sur l’identité de l’architecture, produisant un anachronisme dont l’esprit ne peut se débarrasser. Les blockhaus de la côte d’Opale se dressent dans le paysage comme des monuments, répondant à une architecture monolithique norvégienne, dans un écho lumineux qui nous contraint au silence. La photographie, dans un moment de
contemplation, peut-elle révéler la nature anthropologique et sociologique de l’architecture ? Des images intemporelles qui raisonnent comme des icônes et qui résistent au temps.